Sans débat préalable au sein de la profession, le télé-soin en kinésithérapie a été propulsé au cours du mois d’avril 2020, sous couvert de réponse à la crise sanitaire, mais non sans affirmer qu’il fallait profiter de la situation pour voir aboutir cette revendication portée par leurs auteurs.

Ainsi, différents actes de kinésithérapie peuvent être réalisés en téléconsultation depuis le 16 avril.

Une expérience qui normalement prendra fin lors de la cessation de l’état d’urgence sanitaire.

À l’occasion du premier et seul échange ayant eu lieu entre l’Assurance Maladie et les partenaires conventionnels dans la région francilienne depuis l’avènement de la crise sanitaire, l’activité de téléconsultation en kinésithérapie a été présentée.

Du 18 avril au 31 mai, l’Assurance Maladie a enregistré pour l’ensemble de l’Île-de-France 7.241 actes présentés au remboursement (7.899 au 7 juin) qu’elle identifie comme des téléconsultations, précisant toutefois que “les données ne permettent pas d’identifier avec certitude si les actes en question ont été réalisés en téléconsultation“.

De plus, ce chiffre se révèle être sans doute une surestimation importante puisqu’ont été retenues les cotations AMK, AMS ou AMC 7.5, 7.6, 8.3, 9, 9.5 et 10 alors même que l’arrêté relatif au télé-soin fixe la cotation de ces actes exclusivement en AMK. Cette surestimation est également renforcée compte-tenu du fait que chaque série d’actes doit donner lieu à un premier rendez-vous en présentiel.

Sur cette période d’un mois et demi d’observation, le télé-soin constitue une activité anecdotique. La deuxième quinzaine d’avril, 112.000 actes de kinésithérapie ont été remboursés, et en mai ce chiffre atteint 927.000. Ainsi, le volume des téléconsultations représenterait de mi-avril à fin mai 0,69 % des actes présentés au remboursement.

Ce constat ne peut que laisser songeur sur l’impact de cette mesure au niveau de la santé publique comme au niveau économique, quand on le met face aux questions telles que la place de la profession dans le système de santé et ses priorités et les impacts que pourrait avoir cette distanciation, somme toute pratique à certains égards, du rééducateur et de son patient.

Cette marginalité de la pratique de la télé-kinésithérapie devrait renvoyer la profession vers la réflexion sur le sens souhaitable et souhaité de sa place au sein de la Société.