Le ROR : l’épée à double tranchant

Depuis des semaines, le Répertoire Opérationnel des Ressources (ROR) s’invite dans les mails et les boîtes aux lettres.

De quoi s’agit-il ? Un annuaire qui permet de savoir quel professionnel de santé peut prendre en charge un patient pour telle ou telle affection, avec en prime les disponibilités du praticien. Le ROR, c’est donc Doctolib mais financé par vos impôts.

L’utilité d’un tel outil – accessible seulement aux professionnels de santé et aux établissements – est variée. Il crée une alternative disponible pour tous les praticiens contrairement au listes, réseaux plus ou moins informels faits d’informations peu fiables, quelquefois sujettes à compérage ou exclusion de toute sorte. Cet outil a vocation à optimiser le parcours des patients en améliorant l’orientation vers des praticiens spécifiques.

Cependant, le ROR est un projet développé dans chaque région, les autorités publiques y consacrent des financements conséquents, et de plus chaque URPS y alloue des budgets issus des cotisations des professionnels. Il est donc surprenant qu’il revienne aux praticiens de financer des outils d’amélioration des parcours de soins !

Ce ROR permet par ailleurs de décrire l’offre de soins proposée par un kinésithérapeute à l’aide d’une cinquantaine de critères : sous couvert de spécificités, la kinésithérapie est « saucissonnée » en quelques dizaines d’orientations ou de techniques. Cette description de la profession, qui n’a pourtant pas vocation à générer des spécialités, semble donc conduire à une fragmentation de la kinésithérapie. Cela rend possible de rechercher un kinésithérapeute sur le critère, par exemple, de la balnéothérapie, des ondes de choc ou de la rééducation respiratoire.

Or, le processus de dérèglementation des professions, dont celles de santé, se fonde sur l’individualisation des tâches au sein même d’une profession et l’accomplissement de celles-ci par des opérateurs qualifiés exclusivement pour ces tâches. C’est ainsi que l’Union européenne nous impose aujourd’hui l’accès partiel. C’est ainsi que demain, les chiropracteurs, ostéopathes, professeurs d’activité physique adaptée, etc., ne seront pas perçus, par le législateur, comme exerçant la kinésithérapie lorsqu’ils pratiqueront, les uns l’électrothérapie, les autres la rééducation à la marche, etc.

Le plus grand malheur de ce ROR, sous couvert d’aider les professionnels à améliorer le parcours de soins de leurs patients, c’est que la profession elle-même renforce par son soutien, son développement et sa promotion, ce que tous les kinésithérapeutes s’accordent pourtant à empêcher : la dérèglementation de la profession, son ubérisation, son démantèlement. Le comble, c’est que s’ajoutant à la contribution de certains de leurs élus, qu’aucun n’estime malintentionné, les kinésithérapeutes eux-mêmes auront participé financièrement à ce processus par l’usage qui est fait à leur insu de leurs cotisations professionnelles.

Rappelons que le ROR Ile-de-France est accessible par ce lien : http://www.sesan.fr/projet/ror-if où vous pourrez vous identifier à l’aide de votre CPS.

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